

Le surtourisme nuit au bien-être et a même un impact sur les destinations bien-être. Nous devons penser comme le Japon
Par Thierry Malleret, économiste
UNE CRISE DE BIEN-ÊTRE À RÉSOUDRE : SURTOURISME ET RÉSILIENCE
Le surtourisme nuit au bien-être de plusieurs manières : 1) il affecte notre bien-être individuel (surpeuplement, bruit, « aliénation du lieu » et stress), 2) il a un impact négatif sur le bien-être de notre planète (pollution, émissions, dégradation des écosystèmes) et (3) il menace le bien-être financier et général des résidents (travail précaire, hausse des coûts et des loyers, et finalement atteinte à la cohésion sociale – un déterminant majeur du bien-être).
En ce sens, le surtourisme détruit les conditions mêmes qui rendent le bien-être possible. Par conséquent, le succès du tourisme de bien-être peut paradoxalement devenir contre-productif si cela détruit l’attrait bien-être et les avantages d’une destination particulière. Ce qu’il faut faire? La nécessité d’être agile et capable de s’adapter est ce qui sous-tend actuellement le fusion du tourisme de bien-être avec d’autres formes de tourisme.
En réaction à l’épuisement du tourisme de bien-être (comme à Chamonix Mont-Blanc, la station de montagne trop touristique où je vis), les touristes du bien-être se tournent de plus en plus vers « le tourisme lent” et tourisme régénérateur (c’est-à-dire : quitter les lieux mieux qu’avant). Les deux grandissent très rapidement à des taux à deux chiffresen particulier parmi les voyageurs haut de gamme et la génération Z qui ont toujours privilégié les « expériences significatives » par rapport aux autres. Mais ces mouvements restent encore marginaux : le tourisme de masse domine encore largement. La direction du voyage est claire et la tendance est forte : pour les destinations de bien-être, il deviendra plus difficile de se démarquer positivement si elles ne vont pas au-delà de la durabilité en visant à restaurer les écosystèmes et les communautés locales. Il n’y a pas d’autre moyen de briser la boucle catastrophique du surtourisme.
VOUS VOULEZ GÉRER LE SURTOURISME ? FAITES COMME LE JAPON
Le Japon est notoirement trop touristique, un phénomène connu avoir un impact négatif sur le bien-être des deux les locaux et les touristes (par la « fatigue du tourisme » : une combinaison de satisfaction réduite dans la vie, de ressentiment et d’épuisement professionnel). Mais étonnamment, les autorités japonaises souhaitent attirer davantage de visiteurs : de 47 millions cette année à 60 millions en 2030, tout en réduisant la perception de surtourisme grâce à un mélange créatif de prix, de restrictions, de technologie et de redistribution.
Leur stratégie multiforme implique les éléments suivants :
1) La tarification utilisée comme un coup de pouce pour encourager un tourisme plus long et de plus grande valeur tout en réduisant les visites courtes et à fort impact négatif (tarification à deux vitesses, taxes d’hébergement réinvesties dans la protection du patrimoine, etc.).
2) Restriction ou limitations d’accès dans des zones surpeuplées (plafonds journaliers pour le Mont Fuji, pas de photos dans certains quartiers de Kyoto, réservations obligatoires pour certains sites, etc.).
3) Utilisation active de l’IA pour se propager les foules et réduire les embouteillages.
4) Éduquer les touristes à travers des campagnes qui encouragent les comportements respectueux et la sanction via des amendes pour les comportements irrespectueux (ivresse, harcèlement des geishas, etc.).
5) Inciter les touristes à voyager au-delà des hotspots dans des endroits moins touristiques qui peuvent être tout aussi attrayants mais qui sont moins connus et donc moins fréquentés.
Ce qui rend cette stratégie attrayante est son approche multiforme (il n’existe pas de solution miracle capable de résoudre le problème du surtourisme). L’approche holistique du problème adoptée par le Japon fera certainement des émules ailleurs.